À l'automne 2025, le gouvernement du Canada a publié son Cadre de souveraineté numérique, qui la définit comme « la capacité du gouvernement à exercer une autonomie sur son infrastructure, ses données et sa propriété intellectuelle numériques ». Ce n'est pas un concept abstrait réservé aux débats géopolitiques. C'est un enjeu opérationnel, stratégique et financier qui touche chaque organisation publique, parapublique et privée au Québec.
Et les signaux sont clairs : le modèle qui consiste à tout déléguer à l'externe sans bâtir de capacités internes a atteint ses limites.
Un constat québécois : vingt ans d'alertes ignorées
Le problème n'est pas nouveau. Dès 2006, le Vérificateur général du Québec constatait que la part des dépenses de main-d'œuvre informatique versée à des fournisseurs privés était passée d'environ 29 % à 47 % en vingt ans, et établissait que certaines activités en ressources informationnelles devraient être effectuées en priorité par le personnel des ministères et organismes.
En 2011, le VGQ relevait que 52 % des dépenses de main-d'œuvre informatique des ministères et organismes allaient à des ressources externes, contre 8 à 24 % pour des gouvernements provinciaux et des États ailleurs dans le monde, selon des données de Gartner, et que les postes stratégiques vacants leur étaient de plus en plus confiés. Une ressource externe coûtait alors de 400 $ à 950 $ par jour, contre 215 $ à 475 $ à l'interne. En 2012, son audit des contrats de services professionnels en informatique ajoutait que « le recours fréquent à la sous-traitance peut entraîner, à la longue, la stagnation de l'expertise interne, voire sa perte ». Les contrats examinés avaient reçu en moyenne 1,9 soumission conforme et acceptable, et la suite des travaux était allée au fournisseur précédent dans 18 cas sur 25.
Comme le résume le SPGQ : « le Vérificateur général du Québec s'est inquiété de la sous-traitance au cours des 20 dernières années ». Vingt ans d'alertes, et pourtant, la situation n'a fait qu'empirer.
Au Canada : un cadre qui nomme les vrais enjeux
Le cadre fédéral soulève notamment des défis liés à la complexité de la compétence, à la dépendance envers les fournisseurs mondiaux, aux risques de cybersécurité et aux capacités internes. Ils résonnent directement avec la réalité de nos organisations :
- Dépendance envers des fournisseurs mondiaux : quand l'offre se concentre chez quelques grands fournisseurs, la marge de manœuvre de l'organisation se réduit.
- Capacités internes insuffisantes : les organisations disposent d'une capacité limitée pour concevoir, gérer et sécuriser des systèmes numériques complexes à l'interne.
- Vulnérabilités dans la chaîne d'approvisionnement : la dépendance envers des fournisseurs mondiaux expose les organisations à des risques de sécurité qui échappent à leur contrôle direct.
- Complexités juridictionnelles : des lois étrangères, comme le CLOUD Act américain, permettent aux autorités de demander l'accès à des informations ; recourir à un fournisseur canadien ou héberger ses données au Canada ne garantit donc pas qu'elles échappent à la compétence de tribunaux étrangers.
Le Cadre de souveraineté numérique le dit sans détour : « Le GC ne peut exercer un contrôle juridique complet que s'il fournit lui-même les services ou s'il collabore avec des fournisseurs qui exercent leurs activités entièrement sous la compétence canadienne. »
Le coût caché de la dépendance : des milliards en dépassements
La souveraineté technologique n'est pas qu'une question de principe, c'est une question de milliards. Au fédéral, le système de paie Phoenix , dont le développement initial a coûté 309 millions $, représente selon CBC News un coût interne estimé à environ 4,8 milliards $ en une décennie ; quelque 483 130 employés ont reçu un trop-payé. Au Québec, selon le rapport de la Commission Gallant, la portion du contrat CASA de la SAAQ consacrée à la livraison 2 (SAAQclic) est passée de 81 millions $ en 2017 à 329 millions $ en 2023. Le réseau RENIR : de 144 millions $ à plus de 350 millions $, alors qu'en 2020, 78 % des intervenants d'urgence ne l'utilisaient pas.
Ce n'est pas un accident, c'est un patron. Selon le directeur parlementaire du budget, en 2022-2023, les contractuels TI à la tâche coûtaient de 22 % à 25,7 % de plus que des fonctionnaires équivalents dans les quatre ministères analysés. Et selon l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada, de 2011 à 2018, le coût final d'un consultant TI fédéral a été en moyenne plus du double de celui du contrat initial.
Quand le code n'appartient pas à l'organisation, quand il a été développé par des équipes externes sans transfert de connaissances, sans documentation adéquate, sans standards architecturaux alignés, les coûts explosent silencieusement. Et la facture finit toujours par se présenter.
Le virage vers la souveraineté est amorcé
Le mouvement n'est plus théorique. En février 2026, la Commission Gallant a recommandé la création d'une « entité centralisée spécialisée en transformation numérique de l'État », dotée de l'expertise nécessaire pour « réduire la dépendance aux consultants et aux firmes externes ». Elle recommande aussi de plafonner le coût des projets en ressources informationnelles sous 50 millions $ (le Conseil des ministres pouvant accorder des exemptions) et de limiter à moins de cinq ans la durée des contrats de services professionnels en TI.
Le SFPQ, qui a salué ce rapport, y voit la confirmation d'un déficit récurrent de ressources internes en informatique dans l'ensemble de la fonction publique, et d'une dépendance envers les firmes privées qui en découle.
Au même moment, le Québec a publié son Énoncé de politique de souveraineté numérique, qui vise notamment à « renforcer l'autonomie technologique du Québec et réduire sa dépendance envers des fournisseurs étrangers », en renforçant l'utilisation du logiciel libre, en soutenant la création de solutions sur mesure et en bâtissant une expertise et une capacité numérique locales fortes.
Les leviers pour reprendre le contrôle existent
L'un des arguments historiques contre le rapatriement technologique était la complexité de gouverner le développement interne. Cet argument ne tient plus, les politiques fédérales et provinciales le confirment.
Le gouvernement fédéral, dans son Livre blanc Ouvert en premier, reconnaît que le verrouillage fournisseur constitue à la fois un « handicap technique » et un « handicap économique », et que « l'absence d'un cadre d'interopérabilité et de normes ouvertes acceptées par le fournisseur pose un risque important pour la pérennité de la solution » (traduction libre). Les Normes numériques du gouvernement du Canada demandent d'« utiliser des normes et des solutions ouvertes » (traduction libre).
Policy as Code permet d'encoder ces règles de gouvernance, de sécurité et de conformité directement dans les pipelines de développement. Au lieu de vérifier manuellement si un déploiement respecte les normes, après coup, les garde-fous automatisés le valident avant chaque mise en production.
C'est la fin du faux dilemme entre vitesse et gouvernance. Avec les bons cadres en place, vos équipes internes peuvent innover plus vite qu'une équipe externe, parce qu'elles comprennent votre contexte d'affaires, votre dette technique et vos contraintes réglementaires.
Ce que signifie vraiment la souveraineté technologique
La souveraineté technologique ne signifie pas tout faire seul. Comme le définit le Cadre de souveraineté numérique du Canada, c'est « la capacité du gouvernement à exercer une autonomie sur son infrastructure, ses données et sa propriété intellectuelle numériques ». Le gouvernement du Québec ajoute que cette souveraineté vise à « réduire la dépendance d'un gouvernement envers des entreprises étrangères ». L'approche viable est une interdépendance maîtrisée : diversifier ses fournisseurs, exiger l'interopérabilité et surtout, bâtir la capacité interne de comprendre, évaluer et diriger sa propre trajectoire technologique, faute de quoi, comme l'expliquait un professeur de l'Université Carleton au média The Hub, l'écart de capacité « doit être comblé par des consultants », ce qui revient à bâtir une « bureaucratie fantôme » ; et avec le roulement du personnel TI, « très peu de compétences restent » (traduction libre).
Concrètement, cela signifie :
- Auditer votre dépendance actuelle : identifier les zones où vous ne pourriez pas changer de fournisseur sans coûts ou délais prohibitifs. C'est le point de départ de toute stratégie de souveraineté.
- Vérifier en continu les livrables : au-delà des cadres Policy as Code, assurer une vérification indépendante et en temps réel que les livrables, internes ou externes, respectent les engagements contractuels et les standards de l'organisation.
- Exiger une validation technique indépendante : s'assurer qu'un regard extérieur et objectif valide la pertinence de vos choix technologiques et de vos dépendances, sans conflit d'intérêts.
- Rapatrier progressivement : commencer par les fonctions les plus stratégiques et les mieux maîtrisées, puis élargir graduellement le périmètre interne, en incluant une validation indépendante à chaque phase.
L'approche V.I.A. : technologie et indépendance
Chez V.I.A. Solutions, nous validons la solidité technique de vos choix technologiques et de vos dépendances, et nous outillons votre indépendance.
L'audit technologique indépendant analyse l'architecture proposée et les technologies retenues avant la signature, dépendances comprises (verrouillage fournisseur, API propriétaires, technologies fermées), confronte les livrables à ce qui a été promis à chaque jalon et dresse un état des lieux objectif avant un renouvellement ou une renégociation.
La plateforme Transparence, pensée pour le Québec, ses lois et son besoin de souveraineté numérique, assure la rigueur en continu : exigences mesurables dès le cadrage, validation des livrables avant paiement, suivi en temps réel et trace datée et signée de chaque action, qui facilite le travail des vérificateurs.
Enfin, notre Laboratoire IA souveraine développe des outils d'IA qui s'exécutent dans un environnement local (agents spécialisés, transcription de rencontres, organisation des tâches), pour que vous restiez maîtres de vos données.
La question n'est plus de savoir si votre organisation doit maîtriser sa destinée technologique. La question est : combien de temps pouvez-vous vous permettre d'attendre avant de commencer ?
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